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« J’ai toujours eu peur de ne pas être prise au sérieux » – Diane Kruger

The 355

En salle le

5 janvier 2022

De

Simon Kinberg

Avec

Jessica Chastain, Diane Kruger, Penélope Cruz

Genre

Thriller (2h05)

Distributeur

ASCOT ELITE

Lorsqu’une arme secrète tombe entre les mains de mercenaires, l’imprévisible agente de la CIA Mason « Mace » Brown devra faire équipe avec l’explosive Marie, sa rivale allemande, Khadijah, une ancienne du MI6 et spécialiste informatique et Graciella, une talentueuse psychologue colombienne.

Après avoir longtemps bataillé pour imposer l’actrice derrière le top model, Diane Kruger est une excellente raison d’aller voir le spectaculaire, féministe et ultra divertissant « The 355 ».

Née en 1976 à Algermissen, au nord de l’Allemagne, Diane Heidkruger a dû s’émanciper d’un père violemment alcoolique et d’une éducation religieuse « ridiculement tyrannique » avant d’oser une carrière artistique via une formation passionnée en danse classique, brisée net dans son élan par une blessure au genou qui la plongea à 14 ans dans un désespoir proche de la dépression. « Par chance, j’ai remporté l’année suivante un concours de beauté très réputé », raconte-t-elle. Saint Laurent, Chanel, Louis Vuitton, Burberry, Marc Jacobs, le parfum Aqua di Gio dont elle devient l’égérie… Sa présence dans les défilés, les campagnes publicitaires et les revues haut de gamme lui vaut une réputation instantanée, notamment auprès d’un certain Luc Besson hypnotisé par sa beauté blonde et froide, qui lui conseille de s’inscrire au célèbre Cours Florent pour s’initier aux arts dramatiques. Ce qu’elle fait.

ADOPTÉE

En 2000, sa rencontre avec Guillaume Canet redistribue alors toutes les cartes. Elle 24 ans, lui 27, le coup de foudre est immédiat, ils se marient peu après, et c’est à lui qu’elle doit son premier rôle marquant dans « Mon idole », qui marque les débuts de metteur en scène de son époux. Après un passage chez « Michel Vaillant » produit par Besson, elle intègrera grâce à lui « Narco », co-réalisé par son grand copain Gilles Lellouche, jouera pour la seule et unique fois à ses côtés dans « Joyeux Noël »… « Puis on s’est aperçu que notre vie de couple n’était pas vraiment compatible avec le tournant que prenaient nos carrières », explique-t-elle. Entre-temps, elle s’est en effet vu propulsée à sa grande surprise au générique de « Troie », le méga péplum de Wolfgang Petersen, où son rôle d’Hélène face à l’Achille campé par Brad Pitt lui vaut d’un coup une visibilité planétaire. « Je n’avais pas beaucoup d’expérience, beaucoup de journalistes se sont moqués de moi, et je me suis retrouvée au cœur d’une folie médiatique que je n’ai pas su maîtriser. » Sollicitée par les plus grands magazines de mode internationaux, engagée à Hollywood sur le diptyque « Benjamin Gates » avec Nicolas Cage, elle tire de cette période un bilan mitigé : « J’ai eu du mal avec le fonctionnement des grands Studios. Tout est basé sur le divertissement à tout prix, et les rôles qu’on me proposait étaient rarement à la hauteur de mes envies. » Seules exceptions à la règle : le superbe personnage que lui offrira Quentin Tarantino dans « Inglourious Basterds » et la série policière « The Bridge » dont elle sera l’héroïne durant vingt-six épisodes. C’est donc principalement en France qu’elle choisit de d’épanouir. « Frankie » (un grand rôle dramatique sur lequel elle misait beaucoup, hélas passé inaperçu), « Les Brigades du Tigre », « Pour elle », « Pieds nus sur les limaces », « Les Adieux à la reine », « Un Plan parfait », « Les Garçons et Guillaume, à table ! », « Maryland »… Les films s’enchaînent aussi à l’étranger (« L’Élève de Beethoven », « The Hunting Party », « Mr Nobody », « État de choc », « Sans identité », « Père et fille »), mais elle sent qu’elle a encore quelque chose à prouver.

RETOUR AUX SOURCES

Il lui a donc fallu attendre son trente-quatrième film pour tenir enfin son premier rôle dans son allemand natal, soit le jour où le brillant et imprévisible Fatih Akin, réalisateur d’origine turque né à Hambourg connu pour des films aussi percutants que « Head on » (Ours d’Or à Berlin), « De l’autre côté » (Prix du scénario à Cannes) ou encore « Soul Kitchen », la contacta pour « In the Fade » et le rôle terrible d’une Allemande dont le mari et le jeune fils sont assassinés par des terroristes néonazis. La lecture du scénario transformera son impulsion initiale en un défi artistique et humain sans commune mesure avec ce qu’elle avait connu auparavant. Bien que le film ait été tièdement reçu à Cannes (son épilogue a fait couler beaucoup d’encre), le jury de Pedro Almodovar ne lui attribuera pas moins le Prix d’interprétation féminine à Diane Kruger, la toute première récompense personnelle d’envergure de sa carrière.

« Même si ça ne se voit pas, j’ai toujours eu un gros problème de confiance en moi, une peur de ne pas être prise au sérieux », confesse-t-elle. Depuis, de « Tout nous sépare » à « The Operative » en passant par « Bienvenue à Marwenn », plus personne ne doute de sa légitimité d’actrice. Espionne de choc dans l’explosif « The 355 », Diane Kruger s’y montre aujourd’hui l’égale de ses partenaires superstars Jessica Chastain et Penélope Cruz.