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« Je n'ai surtout pas cherché à imiter Céline Dion ! » – Valérie Lemercier

Aline

En salle le

10 novembre 2021

De

Valérie Lemercier

Avec

Valérie Lemercier,  Sylvain Marcel, Danielle Fichaud

Genre

Biopic Musical (2h10)

Distributeur

ASCOT ELITE

Québec, fin des années 60, Sylvette et Anglomard accueillent leur 14e enfant : Aline, dotée d’une voix en or. Lorsqu’il l’entend, le producteur de musique Guy-Claude n’a plus qu’une idée en tête… Faire d’Aline la plus grande chanteuse au monde.

Dans ce stupéfiant biopic réinventé de Céline Dion qui nous arrive enfin après une année entière d’attente, Valérie Lemercier offre une interprétation et une mise en scène dénuées de tout cynisme.

D’où vient votre fascination pour Céline Dion ?

Valérie Lemercier : Je ne me l’explique toujours pas, j’écoutais souvent ses chansons, principalement celles écrites par Jean-Jacques Goldman. Je ne connaissais pas bien sa vie ni le reste de son répertoire. Et en décembre 2016, quand je l’ai vue, comme des millions de gens, faire ses premiers pas sans René, je me suis beaucoup identifiée. J’ai été touchée par son courage. Sa solitude. J’ai dit à la radio le jour de la sortie de « Marie-Francine » que mon prochain sujet serait elle, sans le penser sérieusement. Au-delà de son talent, la franchise de Céline me fascine : elle est un livre ouvert, comme elle le dit elle-même, elle se comporte avec le public comme s’il était sa propre famille.

En quoi vous sentez-vous proche d’elle ?

Parce que, dans des proportions bien moindres bien sûr, j’ai passé aussi une grande partie de ma vie sur scène, dans des théâtres, des Zéniths, des loges… Je connais les longues tournées, les repas avalés devant un miroir, l’obligation de remplir les salles, d’avoir tous les soirs une voix, un corps qui ne vous lâche pas. Je connais la chaleur du public suivi de la solitude de l’après-show. Nées dans un milieu agricole, mes deux grands-mères ont eu chacune neuf enfants, nous étions cent cinquante à table au déjeuner du jour de l’an chez mes grands-parents, mon père nous faisait réviser tous les prénoms avant de partir. Comme chez les Dion, chacun d’entre nous devait monter sur une chaise pour réciter, chanter ou jouer d’un instrument… Là où j’aimerais lui ressembler, c’est qu’elle twiste tout ce qui ne va pas en chose positive. Elle se livre, elle parle d’elle, de sa vie, donne à son public ses joies et ses peines, ce que je n’ai jamais su faire.

Vous êtes-vous beaucoup documentée ?

J’ai visionné, lu, écouté des mois, jour et nuit, beaucoup de ce qui la concernait elle, mais aussi beaucoup sa mère, son mari et, peu à peu, cette famille, ce trio surtout, sont devenus mes nouveaux amis. Je voulais transmettre la force de cette famille, ce socle qui fait qu’elle a toujours gardé les pieds sur terre.

Comment s’est déroulée l’écriture du scénario ?

J’ai commencé à écrire après un an de recherches. Au début, je l’appelais « Céline ». Au bout d’une soixantaine de pages, ma coscénariste est arrivée sur le projet et m’a convaincue de changer les prénoms. Ça a tout débloqué. Grâce à « Aline », on s’est autorisé à composer avec le réel, à inventer des détails. Mon instinct me guidait et une pochette de 33 tours de Céline pas loin de l’ordinateur, à qui je demandais souvent si elle était d’accord. J’en rêvais la nuit.

Quel objectif vous êtes-vous fixé en décidant de l’interpréter ?

Ne surtout pas chercher à l’imiter !

Y compris quand vous l’incarnez enfant…

Nous avons longtemps cru que ce serait impossible, car je voulais que ce soit mon corps en entier à l’écran, même dans la scène où Aline chante, à cinq ans, au mariage de sa sœur. L’équipe des effets spéciaux a fait un travail remarquable. Pour ma silhouette, je portais aussi de multiples gaines sous mes costumes, comme de faux petits seins adolescents sur ma poitrine ultra comprimée par des bandages ultra serrés. J’ai aussi décollé mes oreilles et porté d’autres dents jusqu’à 18 ans.

Aviez-vous des objectifs précis de mise en scène ?

J’avais un grand sujet donc il fallait que la mise en scène soit à la hauteur. Contrairement à moi qui n’ai jamais rien confié de ma vie, Céline a tout donné, tout partagé, et elle a raison : la forme du film devait donc célébrer sa générosité et son élégance.

En apprenant que vous alliez réaliser un biopic sur Céline Dion, tout le monde s’attendait à ce que vous vous montriez ironique, voire cruelle. Or votre film est tout le contraire…

Ça ne m’a jamais effleurée. Et l’ironie, Céline Dion est la première à l’utiliser : c’est elle qui est un peu un clown, qui est la première à s’auto-parodier et même, paraît-il, à donner ses petits tuyaux de gestuelle à ceux qui cherchent à l’imiter. Le film est peut-être plus sérieux qu’elle-même finalement. C’est un film au premier degré et je suis aussi très premier degré. Je ne me sens jamais obligée de sortir des vannes, à la ville comme dans un film. La comédie qui s’y trouve – car il y en a tout de même – vient des situations, des décalages fous entre la petite fille non désirée dormant dans un tiroir et sa vie de grande star planétaire mais jamais de la parodie. C’est un grand destin, un conte de fées comme il y en a peu. C’est un film de princesse sans princesse, mais avec de belles robes, des paillettes, des cheveux qui volent dans la lumière et des décibels. Un film sur une athlète royale…