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« Je suis un type qui développe ses petits mondes » – Alexandre Astier

Kaamelott – Premier Volet

En salle le

21 juillet 2021

De

A. Astier

Avec

A. Astier, A. Chabat, L. Astier

Genre

Comédie (2h05)

Distributeur

Ascot Elite

Suite à une tentative de suicide, au bord de la mort dans la demeure de sa mère à Tintagel, Arthur confie le pouvoir à son ancien compagnon et rival Lancelot. Mais, sous l’influence de l’étrange Méléagant, le Chevalier Blanc incendie la Table Ronde et pourchasse sans merci les alliés d’Arthur.

Attendue par tout un peuple de fans depuis plus d’un an, la superproduction comico-médiévale d’Alexandre Astier s’apprête enfin à nous redonner le sourire.

Hollywood nous refuse James Bond ? Qu’à cela ne tienne : la France lui balance Arthur dans les gencives ! Pas le même genre de héros, certes, mais après avoir lui aussi vu sa sortie estivale repoussée pour cause de pandémie, « Kaamelott – Premier volet » demeure l’unique blockbuster fédérateur de la saison susceptible de redonner au grand public l’envie de remplir au maximum les salles, quitte à attendre la séance suivante afin de respecter les indispensables consignes de sécurité.

UN ARTISAN SOLITAIRE

Derrière cet événement populaire à grand spectacle, un homme, un seul : Alexandre Astier, aussi déchaîné quand il décide de se mettre au travail que discret jusqu’à l’invisibilité lorsqu’il n’a rien de concret à proposer. « Je suis un type qui développe ses petits mondes, dit-il. Ils rencontrent parfois le public, mais ils ne sont pas forcément faits pour le public. » Derrière ce pierrot lunaire de 46 ans à tête d’ours ébouriffé, il y a bien évidemment « Kaamelott », saga télévisuelle et littéralement familiale puisque père, belle-mère, enfants et compagne y ont participé. La rencontre du geek avec la légende arthurienne a créé un phénomène de société immédiat qui rassemblera, en quatre cent cinquante-huit épisodes répartis sur six saisons des millions de spectateurs sur M6 de 2005 à 2009. Ses débuts de comédien furent pourtant plus discrets lorsque, diplômé de l’American School of Modern Music en 1989, il retourna sur les planches à Lyon, sa ville natale, pour y jouer une pièce au succès très local intitulée « Le Jour du froment ». Étonnamment éclectique, à la fois auteur, acteur, compositeur, il se fait la main au début des années 2000 sur deux courts métrages : « Soyons sport » et « Un Soupçon fondé sur quelque chose de gras ». « Quand j’étais petit, et plus tard encore, j’avais l’habitude de composer mes propres musiques, raconte-t-il. C’est une habitude que je n’ai pas perdue. J’ai toujours eu le goût de fabriquer mes trucs tout seul. » L’année suivante, il est remarqué pour un court de quatorze minutes, « Dies Irae », aujourd’hui considéré comme un avant-goût que sera « Kaamelott ».

DES HAUTS ET DES BAS

Lequel « Kaamelott » débute en 2005 et apporte rapidement la consécration à son auteur. Sur presque quarante heures de diffusion, Alexandre Astier y construit un univers entre « Excalibur » et les Monthy Python, détourne les codes du genre, s’éclate sur les dialogues, lui, le fan d’Audiard et de l’humour british. « Je prends le risque d’exiger beaucoup du spectateur, confesse-t-il. Je ne cherche pas qu’à le faire marrer. Je lui demande de me suivre aussi quand c’est moins drôle, plus compliqué, voire carrément flou ou bancal. De m’accompagner en permanence. » Fermement hostile à l’appellation de « comique », il tient des rôles de personnages doux-amers dans « Comme t’y es belle ! » (2006) ou encore « Lol » (2009), campe sobrement le Reiser de « Coluche, l’histoire d’un mec » (2008), ce qui n’empêche en rien la rigolade (« Astérix aux Jeux Olympiques », « Les Aventures de Philibert, capitaine puceau »…). En 2009, il signe le scénario de « M. Karlsson », qu’il doit mettre en scène avec Alain Delon dans le rôle-titre. Le budget est bouclé, mais, là, désastre : « À quatorze jours du tournage, avec tout le monde au garde-à-vous, Delon quitte le projet, raconte-t-il, encore dépité. Le film était écrit pour lui. Ça a été un coup terrible. » Il renaîtra cependant deux ans plus tard, transformé pour Isabelle Adjani sous le titre de « David et Madame Hansen » avant d’être hélas maltraité par la critique et boudé par le public malgré de subtiles qualités. Astier, lui, assume : « À 100 %, même malgré certains défauts et quelques conneries, enchaîne-t-il. Mais ceux qui espéraient une comédie ont dû être déçus, c’est certain. »

VIVE LE ROI !

Après avoir sidéré dernier plusieurs dizaines de milliers de spectateurs avec son one man show musical consacré à J. S. Bach « Que ma joie demeure ! » puis son « Exoconférence » confondante d’humour et d’érudition scientifique, cet homme pressé s’est consacré avec un succès inespéré à la co-réalisation de deux « Astérix » à faire pâlir la plupart des précédentes adaptations live : « Le Domaine des dieux » et « Le Secret de la potion magique ». Mais son grand œuvre demeure à n’en pas douter la trilogie cinématographique tirée de son cher « Kaamelott ». Tourné à partir de janvier 2019 avec un budget chevaleresque de vingt millions d’euros, conçu pour être projeté au format extra large et ultra lumineux 70 mm dans les salles équipées, le « Premier volet » qui nous parvient aujourd’hui comporte à son générique aussi bien des « historiques » de la série (Alexandre Astier lui-même, son père Lionnel, Antoine de Caunes, François Morel, Franck Pitiot, Jean-Christophe Hembert, Alain Chabat, Christian Clavier) que de glorieux petits nouveaux (Guillaume Gallienne, Clovis Cornillac ou encore… Sting). Situé après les événements relatés à la télévision, le scénario suit désormais le roi Arthur dans sa quête du Graal et rejoint ainsi l’épicentre de la légende. Attendu au tournant avec des suées d’impatience et d’excitation positive anticipée, Alexandre Astier tient à mettre les choses au clair. « Satisfaire tout le monde c’est une question qui se pose, dit-il. Mais j’ai envie de dire qu’il ne faut pas satisfaire les fans, il faut les surprendre, et c’est chaud parce qu’ils ont pensé à tout. Si j’arrive à faire ça, ce sera bien. Mais il y a aussi les gens pour qui “Kaamelott” n’est pas une religion et qui doivent aussi passer un bon moment. C’est passionnant de chercher cet équilibre. »