Antoinette dans les Cévennes

En salle le

16 septembre 2020

De

Caroline Vignal

Avec

Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte

Genre

Comédie (1 h 37)

Antoinette, une enseignante jeune et allègre doit partir en vacances d’été avec Vladimir, son amant et père d’une de ses élèves. Mais quand celui-ci lui annonce qu’il fera une randonnée familiale sur le chemin Stevenson dans les Cévennes, le sang d’Antoinette ne fait qu’un tour : elle aussi se rend dans le relief montagneux au Sud de la France et part à la rencontre de Vladimir avec à ses côtés Patrick, un âne. Au début récalcitrant mais comme attendrie par sa mésaventure amoureuse la bête grise devient vite son guide et son confident.

En marche !

Titulaire du label « Cannes 2020 », une comédie itinérante tour à tour loufoque et touchante, où la formidable Laure Calamy, inoubliable dans « Dix pour cent », trouve enfin le rôle de premier plan qu’elle méritait depuis déjà longtemps face à … un âne qu’on n’est pas près d’oublier. Rendez-vous aux prochains Césars ?

« Antoinette dans les Cévennes » vous permet de tenir votre premier « premier rôle » au cinéma…  On a envie de dire : pas trop tôt !

Laure Calamy : Absolument ! Et justement, je suis si heureuse que ce soit avec ce film-là ! J’ai fait une danse de la joie dans mon appartement quand j’ai su que ce serait moi, Antoinette !

Le triomphe de la série « Dix pour cent » y est-il pour quelque chose ?

Ah oui, c’est évident ! J’étais très identifiée avec ce personnage de Noémie. En parallèle, je m’épanouissais dans de beaux seconds rôles, notamment du côté du cinéma d’auteur, à l’instar de « Ava » par exemple, dont la réalisatrice Léa Mysius n’avait jamais vu la série. Ces deux parcours se sont nourris et m’ont donné apparemment plus de poids pour qu’on me propose des emplois plus importants.

Quel a été votre sentiment en refermant le scénario de « Antoinette dans les Cévennes » ?

Je l’ai lu d’une seule traite, avec frénésie ! Et je me suis dit : « Ce n’est pas possible ! C’est pour moi ! Cette personne me connaît ! » Je n’en croyais pas mes yeux : c’est comme si ce projet m’était destiné. L’histoire faisait écho à des choses tellement intimes, il avait de vraies résonances en moi. Tout me donnait envie d’y aller, à commencer par la marche, que j’adore, les ânes, cette histoire si singulière, drôle, émouvante. J’avais la larme à la fin de ma lecture ! Et j’étais très impressionnée par la qualité d’écriture de Caroline Vignal.

À quel point l’héroïne du récit a-t-elle résonné en vous ?

Quelques années avant la lecture de ce scénario, j’ai été amenée à faire une randonnée – de Collioure à Cadaquès -, et j’ai eu une espèce de déflagration, un choc. Une enfance retrouvée, une liberté nouvelle, une renaissance. J’en suis revenue bouleversée car, pour ne rien gâcher au bonheur, j’avais aussi fait une rencontre amoureuse. Avant ça, je ne prenais plus vraiment le temps de profiter de la nature. J’enchaînais les projets au théâtre et au cinéma. Et pourtant, c’est si galvanisant d’être au beau milieu des reliefs ! On a une sensation de rupture du temps, comme si on en retrouvait l’épaisseur, on se déleste du superflu, on se décharge de tous ses oripeaux, surtout quand ça devient rude, avec la possibilité de se perdre. On prend le minimum nécessaire, de l’eau, une couverture, un peu de nourriture, etc… Et c’est un retour à quelque chose de primitif. Gamine, j’adorais « L’Enfant sauvage » de François Truffaut ou « Gorilles dans la brume » de Michael Apted. J’avais cette envie de prendre la tangente, ce fantasme d’être une femme de la jungle, de la forêt.

Parlez-nous de la façon dont vous avez perçu et vécu le cheminement initiatique de l’héroïne…

J’aime déjà que son histoire de cœur – suivre l’homme qu’elle aime dans les Cévennes – soit in fine un prétexte pour emprunter un chemin vers elle-même. Je trouve ça très beau. Elle va se dépouiller tout en tissant un lien fort avec son âne. La marche, c’est comme l’écriture. On est rarement interrompu dans ses pensées en cheminant. Par conséquent, on accède à des choses de soi qu’on ne prendrait pas le temps d’atteindre quand on est pris dans le brouhaha de la vie citadine. Marcher, comme Antoinette le fait, s’apparente presque à une psychanalyse. On pense à soi, à ceux qu’on aime, à ce qui compte. Tant d’idées me sont venues en marchant. C’est comme une pulsation, un battement de cœur. Et ça rend humble. Desproges disait : « L’homme n’est que poussière, d’où l’importance du plumeau. »

Avez-vous pu profiter de la nature pendant le tournage ?

Bien sûr que oui ! J’étais d’autant plus heureuse que je suis amoureuse des Cévennes, que je me faisais une joie de retrouver en été après y avoir joué en plein hiver dans « Seules les bêtes » de Dominik Moll. C’est fou comme cette région m’appelle. J’y avais aussi tourné une scène deux ans avant avec Alain Guiraudie. Encore une fois, j’ai flashé sur ces paysages qui sont ancrés en moi ; c’est un endroit qui m’est totalement familier. C’était un tournage assez sportif. Comme j’aime arpenter, on peut dire que j’étais servie ! Pendant trois semaines, nous n’étions que sur des chemins de montagne, à raison de dix à quinze bornes par jour, dixit le podomètre de l’assistante caméra !

Comment êtes-vous allée à la rencontre de votre personnage ?

Ça s’est fait en deux temps : il y a le temps avant le tournage, ce qu’on en lit, ce qu’on fantasme, des prémonitions de notre imaginaire, et puis le temps du tournage, où on recherche le temps présent, la vie, l’ici-et-maintenant des situations… Généralement, on s’approprie un personnage en y mettant des choses de soi. C’est un équilibre étrange entre cet autre qu’on imagine et soi, ce soi qui est notre instrument de jeu/je. Par certains aspects, Antoinette me ressemble beaucoup ; comme le fait de partir sur un coup de tête, de suivre ce mec. J’ai pu faire ce genre de choses dans ma vie (rires). Je partage avec elle cette envie de romancer sa vie, d’être l’héroïne de l’histoire qu’on s’écrit, ce refus de subir les choses.

L’âne est votre principal partenaire à l’écran. Comment avez-vous appréhendé cette collaboration ?

Je dois déjà préciser que « Au hasard Balthazar » de Robert Bresson est un de mes films préférés, même si ça n’a rien à voir. Je connaissais un peu les ânes, car mon ami en a régulièrement autour de chez lui. C’est ce film qui m’a permis de me familiariser avec eux. On a fait appel à une dresseuse dont l’âne, que nous avons rencontré ensemble avec Caroline et son assistant, était trop stimulé : il avait une énergie de fou. On aurait cru qu’il avait pris de la cocaïne ! Je ne le « sentais » pas. Caroline, non plus. Quand j’ai rencontré son remplaçant, le feeling est directement passé. Nous avons tous été soulagés de voir Patrick se matérialiser dans son entièreté. Il est arrivé vers nous avec une lenteur extraordinaire, du genre à mettre dix minutes pour faire dix mètres, j’avais l’impression que c’était Jean Valjean revenu du bagne. Quand la dresseuse l’a récupéré comme doublure, il était reclus dans un champ, il ne voulait plus être approché par les humains. Il en avait bavé, apparemment ! Mais il était attentif, emphatique. Il réagissait à tout. Et il s’est épanoui pendant le tournage. On a passé beaucoup de temps ensemble et on a vraiment créé une relation. Je me souviens : lors du dernier plan, nous étions en forêt et il a senti que c’était la fin. Il m’a léché la cuisse et la main, ce qu’il n’avait jamais fait avant. Je me suis mise à chialer comme pas possible. Cet âne, c’est une merveille.