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Je regarde environ 90 % des films d’action qui sortent en salles – David Leitch

Bullet Train

En salle le

4 août 2022

De

D. Leitch

Avec

B. Pitt, J. King, A. Taylor-Johnson

Genre

Thriller (2h32)

Distributeur

Sony

Coccinelle est un assassin malchanceux et particulièrement déterminé à accomplir sa nouvelle mission paisiblement après que trop d’entre elles ont déraillé. Mais le destin en a décidé autrement et l’embarque dans le train le plus rapide au monde aux côtés d’adversaires redoutables.

Cascadeur star passé avec brio à la mise en scène, David Leitch a convaincu Brad Pitt de montrer à bord de l’explosif « Bullet Train ».

Il faut remonter à Hal Neddham, dans les années 70/80, pour pister le souvenir d’un maître de la cascade devenu réalisateur. Coordinateur  d’acrobaties kamikazes sur une bonne centaine de films ou de séries durant plus de quatre décennies (« Little Big Man », « French Connection », « Mannix »), son passage derrière la caméra via la très populaire trilogie comico-policière avec Burt Reynolds « Cours après moi, shérif »/« La Fureur du danger »/« L’Équipée du Cannonball » fit de lui un « hybride » tel que Hollywood n’en avait jamais connu. « Savoir que j’ai suivi sa trace au point de diriger aujourd’hui mes propres films me remplit d’une fierté incroyable », dit David Leitch.

CULTURE PHYSIQUE

C’est au lycée que, adolescent, il s’initie aux arts martiaux. « J’avais 16 ans, et je m’étais fait des amis “adultes” qui bossaient déjà pour le cinéma, se souvient-il. Ils m’ont dit : “Viens nous rejoindre quand tu auras fini tes études”. Et c’est ce que j’ai fait. » Direction la Californie, où il trouve en 1995 son premier emploi de cascadeur sur la série « Sherman Oaks ». Spécialiste des combats et des sauts sécurisés par des câbles, il ne tarde pas à se démultiplier : « Blade », « Ghosts of Mars », « Buffy contre les vampires », « Daredevil », « Van Helsing », « V pour Vendetta », « 300 »… Il devient rapidement un des spécialistes les plus sollicités de sa discipline. « Les seules fois où j’ai vraiment eu peur, c’est en faisant “The Bourne Ultimatum”, à cause du nombre insensé de cascades, et de deux “Matrix”, à cause de leur côté expérimental. » Bientôt propulsé coordinateur des scènes d’action (« Speed Racer », « X-Men Origins : Wolverine »),  il a notamment assuré les doublures de Jean-Claude Van Damme (« Replicant », « The Order ») et d’un certain Brad Pitt (« Fight Club », « Spy Game », « Ocean’s Eleven », « Troie », « Mr & Mrs Smith »). Bien que très conscient de ce qu’il apporte aux films qui sollicitent ses services, il refuse, contrairement à nombre de ses confrères, de se considérer comme un acteur lorsqu’il intervient en personne devant la caméra. « Je suis à la rigueur un “comédien physique”, si on peut dire, estime-t-il. Jouer la comédie, ça demande une formation et un talent que je ne possède pas. »

CAMÉRA AU POING

Il doit à ses postes d’assistant réalisateur et de responsable de la seconde équipe sur « In Hell » et autre « Conan » l’envie de coiffer la casquette de metteur en scène à part entière. Ce qui lui arrivera en 2014 sur « John Wick », où il partage le titre avec Chad Stahleski : « Mais les règles de la Guilde des réalisateurs interdisent, sauf circonstances exceptionnelles, de créditer deux réalisateurs sur un même film, explique-t-il. Alors je n’apparais au générique qu’en tant que producteur. » D’où sa joie d’avoir été hissé, en guise de légitime compensation, aux commandes d’« Atomic Blonde », de « Deadpool 2 » (dont le tournage fut endeuillé par la mort accidentelle d’une cascadeuse) et de « Fast & Furious-Hobbs & Shaw ». Aujourd’hui, il se retrouve à la tête de « Bullet Train », exténuant thriller d’action à très grande vitesse où Brad Pitt a effectué lui-même 95 % de ses cascades.

ZONE DE CONFORT

« Je regarde environ 90 % des films d’action qui sortent en salles, et je pioche tout ce que je peux sur Internet, dit David Leitch. Ça fait partie intégrante de mon travail, mais ce que je préfère au fond, ce sont les comédies et les drames un peu excentriques comme ceux de Wes Anderson ou des frères Coen. » Est-ce à dire qu’il sortira un jour de sa zone de confort professionnelle pour s’aventurer sur des territoires cinématographiques plus proches de ses goûts de spectateur ? « C’est un horizon que j’aimerais beaucoup atteindre, confirme-t-il. Peut-être quand mon corps commencera à se rouiller ou lorsque quelqu’un me fera suffisamment confiance pour mettre en images un scénario plus intimiste et décalé. »