Forte

En salle le

18 mars 2020

De

K. Lewkowicz

Avec

M. Bedia, V. Lemercier, A. Wheeler

Genre

Comédie (1 h 35)

Distributeur

Pathé

L’important, c’est d’être soi-même. Mais pour Nour, 20 kilos en trop et un bonnet en guise de coupe de cheveux, c’est compliqué ! Bien déterminée à enfin séduire, elle a trouvé la solution imparable : s’initier à la pole dance avec l’aide d’une prof un peu particulière.

Trop forte !

Pour son premier grand rôle au cinéma dans « Forte », l’irrésistible vedette de stand-up Melha Bedia révèle une nature comique digne de son grand frère Ramzy.

© Céline Nieszawer

Comment est née l’idée de « Forte » ?

Melha Bedia :  Au départ, je n’avais aucune velléité à faire du cinéma et je me concentrais sur l’écriture de mon spectacle. Mais mon agent de l’époque me demandait régulièrement si je n’avais pas une idée de scénario. Elle a germé un soir, alors que mes copains m’avaient embarquée dans un club de pole dance. En observant les hommes et les femmes qui regardaient ces créatures danser autour de la barre, je me suis rendue compte de l’impact que la pole dance pouvait avoir sur les gens. Moi-même, j’étais scotchée car des filles aussi peu vêtues, je n’en avais vu qu’à la piscine ! Ce soir-là, je portais un survêtement avec un k-way, et j’ai ressenti un grand décalage entre les danseuses et moi. Depuis toute petite, on m’a rabâché que j’étais un garçon manqué, mais un jour j’ai eu  moi aussi envie d’être mignonne. J’ai toujours cherché cette part de féminité,  mais c’est comme si je n’avais pas eu le mode d’emploi. Par ailleurs, en observant les garçons et les filles de ma génération, je constate qu’entre ceux qui multiplient les aventures et les romantiques qui attendent le prince charmant, personne ne trouve vraiment son bonheur. Donc j’ai eu envie de parler de ce phénomène à travers le parcours d’une fille qui cherche sa féminité. Et puis surtout, l’image de moi en train de tourner autour d’une barre me faisait beaucoup rire. Quand je racontais ce pitch autour de moi, ça avait l’effet d’une blague Carambar.  Pour écrire mon premier film j’ai très vite compris qu’il fallait avoir un sujet fort et le raconter de la manière la plus drôle possible.

Le personnage de Nour, est-ce vraiment vous ?

En grande partie, oui. Je ne suis pas une actrice de composition : plus il y a de moi dans le personnage, plus je pense être juste. La passion du foot, le côté garçon manqué et le « syndrome meilleur pote », c’est moi tout craché.  A force de faire des vannes pour masquer ma timidité, je deviens souvent le super copain du gars qui me plaît et en rentrant chez moi avec mes petits sentiments cachés je me dis toujours : « C’est dommage parce que si j’avais mis du rouge à lèvres, les choses auraient peut-être mieux marché… ». Mais cette façon de trouver des solutions à tous les problèmes, les miens et ceux des autres, c’est encore moi. Donc la pole dance, c’est aussi une idée que j’aurais pu trouver.  En revanche, la naïveté de Nour est un peu accentuée par rapport à la mienne. Elle est dans sa bulle et c’est le monde extérieur qui lui fait prendre conscience des choses. C’est une Bridget Jones orientale.

Avez-vous participé à l’élaboration du casting ?

Oui, j’ai eu cette grande liberté. Mais pour Ramzy, je n’ai pas eu le choix.Quand ma mère est tombée sur le trombinoscope lors de la préparation, elle m’a dit : « Tu n’as pas honte de ne pas mettre ton frère ? »

© Céline Nieszawer

Comment s’est passée la rencontre avec Valérie Lemercier ?

Aux répétitions, ce n’était pas évident car elle était sur la réserve et moi, comme j’étais intimidée et que j’ai un besoin maladif d’être aimée, j’en faisais des tonnes pour lui plaire. Mais au fil des jours, la pression est retombée et on s’est trouvé, notamment grâce à notre amour commun des blagues grivoises. Aujourd’hui, on s’appelle tous les jours, elle est devenue une vraie grande sœur pour moi.

Maintenant, il y les scènes de pole dance…

J’avais beaucoup d’a priori sur le sujet. Mais j’ai pris une claque en découvrant cet univers. Les danseuses, les profs, les gens normaux qui s’y mettaient… Tous ces gens que j’ai rencontrés m’ont permis de me redécouvrir en tant que femme. D’ailleurs, je suis sûre que cela m’a décomplexée. Pourtant, là encore, ce n’était pas gagné : quand les cours ont commencé, je trouvais plein de bonnes raisons pour ne pas me lancer, je disais que c’était Ramadan. Mais j’ai réussi à faire des petites choses, j’ai pris confiance et je voyais bien qu’en quittant le cours, je me sentais plus légère. Physiquement, et mentalement.

Qu’aimeriez-vous que les gens se disent en voyant « Forte » ?

Que la vraie norme, ce sont tous ces personnages et non celle que la société nous impose. Un des personnages principaux est une mère célibataire active, indépendante mais affectivement fragile. Un autre n’est pas sûr de sa sexualité, comme cela peut arriver. Et le mien est une Arabe, grosse, myope et vierge.  Je ne dis pas que ce film va faire du bien à la France, mais s’il peut permettre d’éveiller certaines consciences sur le fait que les gens normaux sont un peu plus que ce qu’on veut nous faire croire, ce sera déjà bien.