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« C’est probablement la somme des obsessions qui traversent tous nos films. » - Olivier Nakache

Hors Normes

En salle le

23 octobre 2019

De

É. TOLEDANO, O. NAKACHE

Avec

V. CASSEL, R. KATEB, H. VINCENT

Genre

Comédie (1h54)

Distributeur

Ascot-Elite

Bruno et Malik vivent depuis 20 ans dans le monde des enfants et adolescents autistes. Au sein de leurs deux associations respectives, ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles pour encadrer ces cas qualifiés d’« hyper complexes ».

Le tandem gagnant d’« Intouchables » et du « Sens de la fête » réussit l’exploit de traiter l’autisme avec réalisme, humour, tonus et sensibilité.
Huit ans après « Intouchables », vous abordez une nouvelle fois la question du handicap. Comment « Hors normes » est-il né ?

Éric Toledano : Il est le fruit d’un engagement de 20 ans. En 1994, nous étions moniteurs de colonies de vacances et j’ai dû passer un diplôme pour devenir directeur. C’est là que j’ai rencontré Stéphane Benhamou, le créateur de l’association « Le Silence des Justes », spécialisée dans l’accueil et l’insertion des enfants et adolescents autistes. Nous nous sommes ensuite perdus de vue. Mais il a pris sous son aile un membre de ma famille qui souffrait de cette pathologie. Un jour avec Olivier, nous avons décidé d’aller faire un tour dans la colonie de vacances qu’il dirigeait alors à la montagne. Nous avons été profondément impactés par l’énergie et l’humanité que Stéphane et son équipe dégageaient. L’alchimie entre jeunes référents et jeunes en situation de handicap nous a complètement bouleversés.

Olivier Nakache : Un peu plus tard, Stéphane a eu besoin d’un film de six minutes pour présenter son association. Il espérait collecter des fonds car il peinait déjà à obtenir les aides nécessaires au bon fonctionnement de sa structure. Nous sommes donc allés tous les deux avec notre petite caméra à Saint-Denis, à l’endroit même où, 20 ans plus tard, nous avons tourné « Hors normes ».

É.T. : On s’était déjà dit : « Quel magnifique contexte pour raconter une histoire et faire un film », mais nous débutions et je pense humblement que nous n’avions pas les armes pour traiter d’un sujet aussi complexe. Nous n’étions tout simplement pas prêts.

O.N. : Mais entre chacun de nos longs métrages, l’idée revenait sans cesse entre nous. Elle a fait son chemin, et les contacts que nous avons noués ont sans doute aiguisé notre sensibilité au handicap et contribué à l’existence d’un film comme « Intouchables ».

En quoi « Hors normes » se situe-t-il dans la lignée de vos précédents films ?

O.N. : Il est probablement la somme des obsessions qui traversent tous nos films : le groupe au travail comme dans « Nos jours heureux » ou « Le Sens de la fête », le milieu associatif comme dans « Samba », et les duos comme dans « Intouchables » ou « Je préfère qu’on reste amis ».

É.T. : Notre cinéma raconte toujours des rencontres peu probables. Celle-ci avait une dimension particulière : comment des êtres qui ne communiquent pas ou peu et qui sont considérés comme en dehors de la norme, arrivent-ils à faire communiquer des gens dits « normaux » qui eux ne communiquent plus ? Il existe au sein des associations une harmonie et un mélange de cultures, de religions, d’identités et de parcours atypiques dont beaucoup devraient s’inspirer.

À partir du moment où vous avez décidé de tourner, comment avez-vous travaillé ?

É.T. : Pendant 2 ans, nous nous sommes immergés au sein de deux associations. Les scènes du film ont toutes été vécues dans la réalité. Dans « Hors normes », chacun est représenté, les autistes, les parents, les référents, mais aussi les médecins, les responsables de la santé, l’Inspection Générale des Affaires Sociales… Nous ne pouvions nous permettre de prendre des distances avec la réalité ou de nous montrer maladroits avec trop d’approximations.

O.N. : Il était impossible pour nous d’attaquer ce sujet sans le comprendre totalement et sans posséder à fond toutes les strates et toutes les problématiques si complexes qu’il véhicule. Il fallait aller au bout de la technique afin de se nourrir de la fiction que nous avions l’ambition de créer. L’idée était aussi d’inclure de vrais encadrants et de vrais autistes dans le film, de mêler réel et fiction, en permanence dans un mouvement de va-et-vient constant et ainsi, d’avoir la possibilité d’entrer dans l’intimité des personnages, dans leur quotidien et dans leurs enjeux.

De quelle manière avez-vous trouvé les autistes qui jouent aux côtés de Vincent Cassel et Reda Kateb ?

É.T. : En « scannant » toutes les associations de Paris et de la région parisienne, nous sommes tombés sur Turbulences, une compagnie artistique qui emploie des personnes présentant des troubles de la communication, autisme et troubles apparentés.

Malgré la gravité de son sujet, « Hors normes » dégage une grande vitalité comique…

É.T. : La comédie, c’est parfois de la tristesse déguisée, mais c’est surtout notre façon de nous exprimer et de communiquer entre nous. Dans les associations dont nous avons parlé, vous passez par toute une palette d’émotions dont le rire, évidemment. Il faut juste qu’il vienne se nicher intelligemment dans les situations. Faire de l’humour, c’est aussi être hors normes, autrement dit sortir de la règle, et bien sûr dédramatiser certaines situations, avoir du recul et de la distance.