La Bonne Épouse

En salle le

11 mars 2020

De

M. Provost

Avec

J. Binoche, Y. Moreau, N. Lvovsky

Genre

Comédie (1 h 47)

Distributeur

Filmcoopi

Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal sans moufter : c’est ce qu’enseigne avec ardeur Paulette Van Der Beck dans son école ménagère. Ses certitudes vacillent quand elle se retrouve veuve et ruinée. Et si la bonne épouse devenait une femme libre ?

Le réalisateur du magnifique « Séraphine » se penche avec humour sur la condition féminine dans les années 60.

Le scénario de « La Bonne épouse » est-il issu de vos souvenirs personnels ?

Martin Provost : À 11 ans, je me souviens que mon père faisait partie de ces hommes qui rentraient du travail et s’installaient au salon pour lire leur journal en attendant de mettre les pieds sous la table. Ma mère se plaignait beaucoup, mais ça ne changeait rien. Elle était entièrement responsable de la sphère ménagère et de notre éducation. Mon père lui donnait un budget qu’elle ne pouvait pas dépasser, et elle devait lui rendre des comptes sur la moindre de ses dépenses. Ce travail, car c’en était un, la charge mentale qu’il représentait, ne comptaient pas à ses yeux puisqu’il ne produisait pas d’argent. Elle était cantonnée à son rôle de femme au foyer et n’avait droit à aucune reconnaissance. Pour la plupart des femmes c’était comme ça. Les tâches domestiques ont toujours fait partie de l’apprentissage des filles, pas des garçons.

Pourquoi avoir situé cette histoire sur une saison charnière, celle de 1967-1968 ?

Parce qu’après 1970-71, toutes les écoles ménagères avaient disparu. Et il y en avait énormément jusque-là. Des grandes, des petites, quelques écoles plus bourgeoises, mais surtout des écoles dites rurales, puisque la France était encore à 30 % rurale. Mai 68 a tout fait voler en éclat : c’est le point de départ d’une formidable prise de conscience, qui allait accélérer le mouvement d’émancipation des femmes.

Vous saviez tout de suite que ce serait une comédie ?

Oui. Parce que toute l’imagerie véhiculée par ces écoles est à la fois infiniment drôle et terrifiante. Elle raconte toute une époque. Je voulais que le film soit très stylisé, avec des dialogues ciselés, un rythme soutenu, de l’émotion… Qu’il soit plein de cette énergie incroyable qui s’est libérée avec 68.