Le bonheur des uns…

En salle le

23 septembre 2020

De

Daniel Cohen

Avec

Vincent Cassel, Bérénice Bejo, Florence Foresti, François Damiens

Genre

Comédie (1 h 44)

Léa, Marc, Karine et Francis sont deux couples d’amis de longue date. Le mari macho, la copine un peu grande-gueule, chacun occupe sa place dans le groupe. Mais, l’harmonie vole en éclat le jour où Léa, la plus discrète d’entre eux, leur apprend qu’elle écrit un roman, qui devient un best-seller. Loin de se réjouir, petites jalousies et grandes vacheries commencent à fuser. Humain, trop humain ! C’est face au succès que l’on reconnait ses vrais amis… Le bonheur des uns ferait-il donc le malheur des autres ?

Show devant !

Plutôt rare au cinéma, Florence Foresti a choisi une comédie chorale et des partenaires à la hauteur – Vincent Cassel, Bérénice Bejo, François Damiens – pour tenter d’étoffer sa crédibilité d’actrice.

Qu’elle plaise ou qu’elle agace, son humour et sa franchise ne laissent personne indifférent. Y compris durant les deniers Césars où, en maîtresse de cérémonie violemment anti-Polanski, elle s’est livrée à un exercice d’équilibrisme dont on ne sait que penser. Petite, pas vraiment “mannequin” mais d’un aplomb en béton armé, médiatique, touche-à-tout, déjantée, Florence Foresti a transformé son petit bonhomme de chemin dans le milieu surpeuplé de l’humour à la française en parade triomphale.

“Moi, il faut que je rie, sinon, je m’éteins”, explique-t-elle. “C’est mon carburant.” Adolescente, elle ne se reconnaissait pas dans les filles de son âge : “Elles étaient trop dociles, et moi, trop garçon manqué.” Née en 1973 à Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise, cette fille d’un chef d’entreprise et d’une employée de bureau, ancienne infographiste chez EDF, découvre Muriel Robin à la télévision. C’est une révélation : “Je me suis beaucoup identifiée à elle. J’ai adoré ce qu’elle faisait. Ça m’a ouvert une porte sur des tas de possibles”. À la fin des années 90, elle fait ses premiers pas sur les planches au sein du trio Les Taupes Modèles, qui connaît un succès grandissant en Province. Remarquée par Anne Roumanoff, elle signe son premier One Woman Show trois ans plus tard, « Manquerait plus qu’elle soit drôle », qui la fait décoller. Sur le petit écran, on la voit alors dans « Burger Quiz », « 20h10 pétantes » et surtout « On a tout essayé » où, deux fois par semaine, elle aiguise chez Laurent Ruquier ses talents de comédienne et multiplie les personnages loufoques, de pures créations comme la Bimbo trentenaire Brigitte ou, de manière aussi malicieuse que cinglante, des célébrités telles Ségolène Royal et autre Isabelle ”Je ne suis pas folle” Adjani. La sauce prend, tant cette pile électrique déborde d’une énergie communicative. “En fait, je crois que je suis tout simplement agitée”, rectifie-t-elle. “Par le trac, par la peur, par la timidité… Je m’agite pour être remarquée, je m’agite pour faire rire. Le calme laisse trop de place à l’émotion. Mon énergie est une pudeur”.

En 2006, alors qu’elle vient de cartonner à L’Olympia, elle débute au cinéma dans la comédie culte belge « Dikkenek » produite par Luc Besson. Son look androgyne y sert à merveille un personnage de fliquette lesbienne et férue de flingues. “Quand j’étais jeune”, avouera-t-elle plus tard, “on pensait que je préférais les femmes, sans même essayer de me comprendre. Dès qu’une nana a du caractère et les cheveux courts, elle est forcément lesbienne !”. C’est le début d’une gentille carrière au cinéma, qui la fait passer de la bluette « Détrompez-vous » avec François Cluzet à « King Guillaume » en passant par « Mes amis, mes amours ». En 2011, elle cosigne le scénario de « Hollywoo », dont elle est l’interprète principale face à Jamel Debouzze. Mal accueillie par les critiques, cette comédie fait pourtant un carton en salles : 3,5 millions d’entrées ! Un triomphe terni par l’accusation de plagiat lancée par la scénariste Dodine Herry-Grimaldi. Immédiatement, Florence Foresti s’en défend : “Je ne suis ni assez bête ni assez incompétente pour avoir à piller impunément des œuvres existantes. J’ai aussi un brin de morale…”. Sans compter une saine mégalomanie : le Palais Omnisport de Bercy n’était pas assez vaste pour un de ses spectacles, qui dut être diffusé en direct dans plusieurs dizaines de salles de cinéma.

Faite Chevalier des Arts et des Lettres en 2011, elle a aujourd’hui de quoi être fière et l’assume semble-t-il avec beaucoup d’entrain. “Les comiques sont plus égocentriques que les autres”, dit-elle. “C’est normal, nous sommes notre propre outil de travail. Et comme notre travail est notre passion, ma personne me passionne énormément !” De « Paris à tout prix » à « Lucky » et de « Barbecue » à « La Folle histoire de Max et Léon », on ne peut cependant pas vraiment dire qu’elle se soit imposée au cinéma, ou du moins qu’elle y ait témoigné d’une réelle singularité d’actrice. « Les gens cherchent encore « la Foresti » qu’ils connaissent dans mes spectacles ou à la télévision », admet-elle.

Dans « Le Bonheur des uns… » où, entourée de Vincent Cassel et Bérénice Bejo, elle retrouve son partenaire de « Dikkenek » François Damiens, son personnage est confronté à des situations qu’elle connaît bien : la jalousie face au succès, l’amitié confrontée à la célébrité… Une façon, qui sait, de brosser un autoportrait intime avant d’arpenter d’autres territoires ? « J’aimerais faire peur ou faire pleurer, au choix », dit Florence Foresti. « Petit à petit, j’espère bien y parvenir un jour. »