Le jardin secret

En salle le

9 septembre 2020

De

Marc Munden

Avec

Colin Firth, Dixie Egerickx, Edan Wayhurst

Genre

Comédie dramatique (1 h 39)

A la mort de ses parents, la jeune Mary Lennox, enfant solitaire à l’imagination débordante, quitte l’Inde pour rejoindre la campagne Britannique. Exilée dans le manoir de son oncle, elle fera la rencontre de son cousin Colin, d’un jeune garçon nommé Dickon, de l’adorable chien Fozzie et d’un ingénieux rouge-gorge. Ensemble, ils partageront la découverte d’un jardin magique et merveilleux qui marquera le début d’une aventure et d’une amitié hors du commun…

God save Colin !

Incarnation de la « classe » britannique, Colin Firth prend autant de plaisir à jouer les têtes d’affiche qu’à se mettre au service de rôles plus modestes. Comme dans le Lord dont il nous régale ici.

Pendant longtemps, Colin Firth a été considéré comme un acteur, disons… léger. “Plutôt comme un acteur uniquement capable de jouer la même note”, rectifie-t-il. “On m’engageait parce que j’avais la tête de l’emploi. Ni trop beau ni trop moche ; ni trop drôle ni trop sinistre ; ni trop mauvais, ni trop génial ”. Mais depuis sa nomination à l’Oscar en 2010 pour son rôle d’homosexuel en deuil de son amant dans « A Single Man », les choses ont bien changé.

ACTEUR À REMONTER LE TEMPS

Quand on regarde sa filmographie, une constante saute immédiatement aux yeux : tous les rôles qui lui ont valu sa renommée semblent issus d’une machine à remonter le temps. Ses grands débuts dans « Another Country » en 1984 ? Un jeune communiste des années 30. Le rôle-titre de « Valmont » ? Un libertin de la France pré-révolutionnaire. Le Mr Darcy de la mini-série « Orgueil et préjugés » ? Un jeune aristocrate anglais du XIXè siècle. Son Geoffrey Clinton du « Patient anglais » ? Un baron des années 40. Le Lord Wessex de « Shakespeare in Love » ? Sans commentaire. Idem pour « L’ Importance d’ être Constant » (d’après Oscar Wilde), « La Jeune fille à la perle » (où il incarne le peintre Vermeer), le père de famille débordé du féerique « Nanny McPhee », le péplum « La Dernière légion », auxquels il convient bien entendu d’ajouter le héros très “60’s” de « A Single Man », Sa Majesté George VI dans « Le Discours d’un roi », l’espion rétro de la saga « Kingsman »ou encore l’inflexible donneur d’ordre de « 1917 ». “Je dois dégager quelque chose d’antique”, constate-t- il. “Même dans des films plus contemporains comme « Le Journal de Bridget Jones », où j’ai l’air de sortir d’un conte de fée, ou « Mamma Mia ! », où je me mets à chanter du Abba comme une casserole, je donne l’impression d’être étranger à toute espèce de modernité”. Et quand un réalisateur l’engage dans un film réellement ancré dans son époque, on jurerait qu’il devient invisible aux yeux du public : pas plus le mari angoissé de « Femme fatale » (1991) que le psychopathe de « Playmaker » (1994), le fan de football de « Carton jaune » (1997) ou encore le veuf en plein cauchemar mental de « Trauma » (2004) n’ont laissé la moindre trace. Seule exception à la règle : sa participation au triomphal « Love actually » (2003), dont la véritable “locomotive” était plutôt Hugh Grant.

UN OUTSIDER

Son parcours, lui, est beaucoup moins classique. Né en 1960 dans la province anglaise du Hampshire, Colin Firth a passé les quatre premières années de sa vie au Nigeria, où ses parents étaient tous deux professeurs, avant de revenir pour de bon en Grande-Bretagne. “J’ai longtemps été un outsider”, dit-il. « Par exemple, je n’avais pas le droit de regarder les chaînes de télévision musicales, ce qui m’ a fait d’emblée passer pour un extraterrestre auprès de mes camarades d’école”. C’ est pourtant en découvrant clandestinement les clips de Marc Bolan et de T.Rex qu’il développera ses premières aspirations artistiques. “J’ai voulu prendre des cours de guitare rock, mais mes parents n’ont entendu que le mot “guitare”, et ils m’ont inscrit chez un professeur qui devait avoisiner les 150 ans”. Faute de pouvoir suivre son instinct, il fit alors preuve d’une certaine sagesse en se tournant vers le plus “respectable” théâtre. C’est ainsi que, à force de fréquenter les ateliers scolaires, il sut à 14 ans ce qu’il ferait de sa vie, et qu’il profita de sa majorité pour laisser tomber ses études et s’inscrire au National Youth Theatre de Londres.

SANS REGRETS, OU PRESQUE

À partir de là, tout s’enchaîna très vite. Élève brillant, tête d’affiche de pièces aussi intenses que « Tartuffe », « Le Roi Lear », « La Chatte sur un toit brûlant » ou « Hamlet » (pour lequel il remplaça un certain Daniel Day-Lewis), prélude à sa carrière au cinéma dans « Another Country » et à l’avalanche de personnages “historiques” évoqués plus haut… “Je regrette que le « Valmont » de Milos Forman soit sorti six mois après « Les Liaisons dangereuses » de Stephen Frears”, reconnaît Colin Firth. “Je me suis senti comme le mec qui rentre dans une pièce pour balancer au public l’ histoire drôle géniale qu’un autre type vient de lui raconter. Résultat : personne ne rit, et c’est atroce”. À part ça, il ne se plaint pas. “Je savais que j’ avais d’ autres choses à donner, mais je travaillais beaucoup, j’étais bien payé, toutes les femmes voulaient épouser le Darcy d’ « Orgueil et préjugés » et celui du « Journal de Bridget Jones » [les deux personnages portent le même nom, NDLR], et dès qu’il y avait un rôle un peu rétro-romantique à pourvoir, j’étais sur les rangs”. Jusqu’au jour où le créateur de mode Tom Ford eut l’intuition géniale de lui offrir le bouleversant contre-emploi de « A Single Man ». “Il ne m’ a jamais dit pourquoi il m’ a choisi, mais il m’ a avoué que si j’ avais refusé, il aurait renoncé au film”.

OSCAR, ETC.

Avant d’accepter le rôle qui devait le conduire vers l’Oscar dans « Le Discours d’un roi », Colin Firth a longtemps hésité : “Je savais que George VI était un personnage en or, mais j’avais peur de me laisser piéger par l’aspect “performance” qu’ induisait l’incarnation d’un héros bègue”. Pour l’éviter, il entama une réflexion à entrées multiples. “La possibilité de parler et de donner du sens à une pensée grâce à des sons est un miracle dont l’ espèce humaine est la seule à bénéficier”, dit-il. “Et voilà cet homme, souverain d’ Angleterre, qui se retrouve paralysé par l’ incapacité de s’exprimer en public. Pour lui, c’est une atteinte terrible à sa dignité, et il m’a suffi de parvenir à cette déduction pour trouver la clé de ce qu’allait être mon interprétation : un combat individuel mené par George VI afin de reconquérir sa propre estime et atteindre une beauté à laquelle il n’avait plus droit, celle du langage et de sa musique”. Porté comme on le sait en triomphe pour ce rôle, Colin Firth n’a pas chômé depuis. Entre petits films de grands cinéastes (« Magic in the Moonlight »de Woody Allen, « Kursk » de Thomas Vinterberg), suites plus ou moins opportunes (« Bridget Jones », « Mamma Mia ! », « Mary Poppins »), formidables surprises (la franchise « Kingsman », dont le troisième volet sort d’ailleurs ce mois-ci), apparition minuscule mais marquante (« 1917 ») et flopée de productions passée inaperçues, Colin Firth continue de promener sa classe naturelle sans jamais se compromettre.

Sa participation en Lord Archibald Craven au « Jardin secret », fort jolie adaptation d’un classique de la littérature jeunesse teinté de magie, n’est certes pas de celles dont on se souviendra le plus. « J’avais déjà joué le héros devenu adulte dans un téléfilm en 1987, et j’ai beaucoup aimé l’idée d’incarner un autre personnage dans cette novelle version, d’autant que je suis un grand fan du roman de Frances Hodgson Burnett », dit-il. Bientôt à l’affiche du drame « Supernova », du mélo « Mothering Sunday » et de l’épopée d’espionnage « Operation Mincemeat », Colin Firth reste fidèle à cette image « vintage » qui lui colle à la peau, puisque les deux derniers films cités sont respectivement situés pendant la Première et la Seconde Guerres mondiales. On se ne refait pas…