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« DISNEY A TRAHI LE LIVRE DANS SON DESSIN ANIMÉ. LE VRAI “PINOCCHIO”, C’EST LE MIEN ! » – MATTEO GARRONE

Pinocchio

En salle le

18 mars 2020

De

M. Garrone

Avec

F. Lelapi, R. Benigni, M. Vacth

Genre

Fantastique (2 h 05)

Distributeur

Ascot-Elite

Geppetto, un ancien sculpteur sur bois, reçoit un morceau de bois parfait pour son prochain projet : une marionnette. Geppetto l’appelle Pinocchio et l’élève comme son fils. Facilement égaré, il passe d’une mésaventure à une autre dans un monde fantastique rempli de créatures.

Une nouvelle adaptation spectaculaire, féerique et émouvante du célébrissime conte de Collodi signée Matteo Garrone. Peut-être la meilleure de toutes.

Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser ce « Pinocchio » tellement éloigné de votre univers habituel ?

Matteo Garrone : En faisant « Le Conte des contes » en 2015, je m’étais mesuré pour la première fois à une histoire qui mélangeait réalisme et surnaturel, et j’avais senti que je pourrais aller encore plus loin. Quand j’ai décidé avec une bonne dose d’inconscience à m’attaquer à « Pinocchio », je me suis dit que ce devrait être un spectacle destiné à tous, et plus précisément aux enfants, car c’est d’abord pour eux que Carlo Collodi a imaginé cette histoire. Pour atteindre cet objectif, j’ai choisi un casting d’acteurs naturellement doués pour la comédie et appréciés du grand public.

Quelle place occupe le personnage de Pinocchio dans vos souvenirs d’enfant ?

J’ai encore dans mon bureau la bande dessinée de ses aventures que j’avais gribouillée à six ans. Le livre de Collodi m’a accompagné toute ma vie, et je me suis toujours arrangé pour insérer dans mon précédent film des images que m’inspire toujours sa lecture. Aujourd’hui, j’ai voulu raconter la véritable histoire de Pinocchio : les gens pensent la connaître, mais ce n’est pas vrai, il n’en savent que les grandes lignes. Jusqu’à présent, ceux qui ont voulu la transposer au cinéma se croyaient obligés de lui apporter une touche « personnelle ». Je pense au contraire qu’en restant le plus fidèle au texte, j’ai multiplié mes chances d’être original : de nombreuses péripéties qu’il contient n’avaient encore jamais été visualisées à l’écran.

Entre l’annonce d’une nouvelle adaptation très noire signée Guillermo Del Toro et d’un remake live du classique Disney, que pensez-vous de ce regain d’intérêt pour Pinocchio ?

Leur « Pinocchio » à eux sera autre chose : le vrai, c’est le mien. Del Toro s’inspire d’un comics situé sous le franquisme ; quant à Disney, il avait déjà trahi le livre dans son dessin animé. Mon véritable modèle cinématographique, c’est la version de Luigi Comencini avec laquelle j’ai grandi et que je considère comme la plus proche de l’esprit de Collodi. Mais ce film se heurtait à une limite cruciale imputable aux technologies de l’époque : du début à la fin, il montrait Pinocchio comme un véritable enfant de chair et d’os, ce qui privait les spectateurs de sa transformation et de son désir de devenir un garçon comme les autres.

Votre « Pinocchio » se montre tellement fidèle à Collodi qu’il n’élude pas ses aspects les plus cruels…

Le monde paysan était très dur, et sa rudesse était un des fondements du conte original aux côtés de ses aspects cocasses ou émouvants. À sa parution, le livre était divisé en trente-six chapitres dont chacun s’enrichissait de personnages et de rebondissements nouveaux. Pour rester dans les limites raisonnables d’une durée de deux heures, j’ai dû opérer des choix dramaturgiques tout en demeurant au plus près des intentions de Collodi.

Comment avez-vous trouvé l’inspiration visuelle du film ?

J’ai effectué de nombreuses recherches, aussi bien en termes de tableaux que de photographies, et je me suis immergé dans les illustrations qu’Enrico Mazzanti avait conçues en étroite collaboration avec Collodi pour la première édition du livre. D’un point de vue strictement pictural, j’ai essayé de recréer les couleurs du mouvement florentin et toscan des Macchiaioli, qui était considéré au milieu du dix-neuvième siècle comme précurseur de la peinture italienne moderne.

Dans votre « Pinocchio », trois lauréats de l’Oscar occupent des postes techniques cruciaux…

J’ai en effet eu la chance de m’assurer la participation de Mark Coulier, auquel on doit les maquillages de la saga « Harry Potter » et du remake de « Suspiria » ; du compositeur Dario Marianelli, né à Pise et aujourd’hui citoyen de Londres, qui a littéralement « Pinocchio » dans le sang… Et bien sûr de Roberto Benigni, dont c’est le grand retour au cinéma, dans le rôle Geppetto, un personnage que je relie à ses propres racines paysannes. Je suis resté ébahi par sa force, par sa générosité, par le courage dont il a fait preuve en acceptant ce rôle.

Comment avez-vous recréé les nombreuses créatures fantastiques du livre ?

En intégrant les maquillages en latex de Mark Coulier aux effets numériques conçus par le studio One of Us pour certaines portions bien précises de ces créatures. Les sculptures modelées sur le corps des acteurs sont entièrement digitales, et la combinaison de ces deux techniques donne un résultat entre réalisme et fantastique parfaitement adapté à la nature anthropomorphique des personnages en question.

Comment avez-vous travaillé avec le jeune Federico Lelapi, qui incarne formidablement Pinocchio ?

Federico n’est pas un enfant : c’est un super héros ! Il a affronté un tournage exténuant et quatre heures de maquillage quotidien avec une volonté, un courage et une discipline proprement incroyables. Je l’ai choisi parmi d’innombrables candidats pour sa manière de traduire dans un même élan l’esprit à la fois innocent et rebelle, mais surtout pour sa façon de parler. Je voulais que Pinocchio, ainsi que les autres protagonistes, aient des inflexions dialectales marquées pour ancrer le film dans sa nature « régionale » : il débute en Toscane avant de devenir progressivement un road movie à travers toute l’Italie.