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« Je suis un copain, un ami, un grand frère auquel on pardonne tout. » – Sylvester Stallone

Rambo – Last Blood

En salle le

25 septembre 2019

De

A. Grunberg

Avec

S. Stallone, P. Vega, S. Peris-Mencheta

Genre

Aventures (1h50)

Distributeur

Ascot-Elite

Vétéran de la Guerre du Vietnam, John Rambo va affronter un cartel mexicain après l’enlèvement de la fille d’un ami. Le cinquième (mais pas forcément dernier) épisode d’une saga qui a toujours oscillé entre le meilleur et le pire.

Et de cinq ! En retrouvant un de ses personnages emblématiques, Sylvester Stallone confirme son statut d’increvable phœnix.

La question la plus fréquente que la presse ait récemment posée à Sylvester Stallone est celle-ci : « Pensez-vous être un acteur superflu ? » Dans un autre contexte, la demande aurait frôlé l’insulte. En l’occurrence, elle se contentait de saisir au vol le titre de son dernier film, « The Expendables », littéralement « ceux dont on peut se passer ». Réponse parfaitement rôdée de l’intéressé : « Superflu, peut-être. Inutile, certainement pas. » Et quelques années plus tard, sa nomination à l’Oscar du second rôle pour le formidable « Creed » a définitivement fermé le clapet des sceptiques, des narquois et des irrespectueux.

AUTOPORTRAITS

Voilà plus de 40 ans qu’il fait partie de la culture populaire mondiale ; plus de 40 ans que, comme Rocky, il encaisse les coups, se relève, remporte des victoires, est compté KO, remonte sur le ring ; plus de 40 ans qu’on l’adule, qu’on se détourne de lui, puis qu’on l’accueille à nouveau dans la famille. « Les meilleurs films que j’ai tournés sont le reflet d’une partie de ma vie ou de ma personnalité », dit-il. Même ses débuts « honteux » en 1970 avec le porno soft « L’Étalon italien » (pour lequel il fut royalement payé 200 $) contiennent à l’en croire une part de vérité autobiographique. « À l’époque j’avais déjà 26 ans, l’obstétricien qui avait accouché ma mère s’y était pris comme un manche avec les forceps, j’avais ramé toute mon enfance comme un malheureux avec ma bouche tordue et mes kilos en trop, et même si j’avais réussi à me sculpter un corps d’athlète et à me forger une vraie culture littéraire, personne ne me croyait capable de devenir acteur », raconte-t-il. « Alors, plutôt que de gagner ma vie en me prostituant illégalement, j’ai préféré accepter le premier job de comédien qu’on m’a proposé, et on m’a payé avec un bulletin de salaire pour faire l’amour. » Dans une des toutes premières versions du scénario qui allait devenir celui de « Rocky », dont il commença l’écriture entre les prises de « La Course à la mort de l’an 2000 », un nanar sympa où il atterrit après deux figurations non créditées dans « Bananas » de Woody Allen et « Klute » d’Alan J. Pakula, il avait même imaginé une scène où son héros était à deux doigts de vendre ses charmes pour s’offrir un entraînement digne de ce nom. Mais il préféra avec raison transposer les souvenirs d’un passé bien plus intime avant de proposer son script à la United Artists, de refuser de le céder s’il n’en incarnait pas le personnage principal (le Studio voulait imposer James Caan), et de prouver au monde entier qu’un Italo-américain au visage de travers et à l’élocution heurtée pouvait très bien concrétiser ses rêves de gloire. « Rocky, c’est moi ! », s’exclamera-t-il après la cérémonie des Oscars 1977, où le film coiffera au poteau « Taxi Driver », « Network » et « Les Hommes du président » dans la course au titre suprême, tout en faisant de Stallone le troisième artiste (après Charlie Chaplin et Orson Welles, excusez du peu) à être cité la même année pour son scénario et son interprétation. Le syndicaliste de « F.I.S.T. », ce sera aussi lui : « Nous partageons la même soif de justice sociale ». Le jeune Cosmo Carboni de « La Taverne de l’enfer », qui fut son premier film de réalisateur, idem : « C’est mon frère de cinéma ». Le soldat trahi de « Rambo » : « La part la plus sombre et la plus folle de mon âme ». Le flic de « Tango & Cash » : « Je lui ai donné tout mon humour ». Le shérif de « Copland » (on y reviendra) : « Il porte sur la police le même regard que moi sur Hollywood ».

JE T’AIME, MOI NON PLUS

Devenu superstar du jour au lendemain grâce au boxeur qui chavira le monde entier, Sylvester Stallone tirera au fil des années le meilleur et le pire de son nouveau statut, parfois même simultanément comme en témoignent les suites très inégales que connaîtront « Rocky » et « Rambo », aussi vilipendées pour certaines par les journalistes que plébiscitées par les spectateurs. « L’ennui, quand on en arrive à un certain niveau de notoriété, c’est que les gens ne veulent plus vous voir que dans un seul type d’emploi », dit-il. Quand il s’essaye à l’humour avec « Rhinestone » au côté de Dolly Parton, « L’Embrouille est dans le sac » ou « Arrête ou ma mère va tirer », on se moque de lui, et le box-office s’en ressent. Quand il abandonne le ring pour le terrain de football dans « À nous la victoire » ou la Formule 1 dans « Driven », même punition. Quand il tente de s’offrir une vraie crédibilité dramatique avec « Copland », voire le remake de « Get Carter », seule la critique s’en aperçoit. Mais qu’il rende lui-même la justice dans « Cobra », ou qu’il retrouve sa stature de héros positif grâce à « Cliffhanger » ou « Daylight », et voilà ses fans qui rappliquent au grand galop. Et puis il y a ces « films pour rien », tour à tour semi-échecs (« Demolition Man », « L’Expert », « Judge Dredd ») et bides infernaux « (Mafia Love », « Haute sécurité », « Compte à rebours mortel », « Mission 3D-Spy Kids », « Du plomb dans la tête », les deux « Évasion », « Match retour »). C’est d’ailleurs peut-être dans cet incessant yoyo entre le plébiscite et la disgrâce que réside le secret de l’affection populaire dont il n’a jamais cessé de jouir : « Je suis un copain, un ami, un grand frère auquel on pardonne tout », constate-t-il.

NON, C’EST NON

Que serait devenue sa carrière s’il n’avait refusé certains rôles pourtant majeurs ? Une chose est sûre : il a rendu un fier service à Arnold Schwarzenegger en le laissant devenir « Terminator » en 1984. « Je préparais simultanément “Rambo II” et “Rocky IV”, et je préférais me consacrer à des personnages auxquels je croyais, plutôt que perdre mon âme dans les effets spéciaux », se justifie-t-il. « Basic Instinct » ? « J’étais plus excité par “Cliffhanger”, beaucoup plus ». Reste le mystère Richard Gere, qui écopa grâce à son désistement de deux personnages qui le propulsèrent illico vers la gloire au début des années 80 (« American Gigolo », « Officier et Gentleman »), puis d’un troisième qui consacra son come-back après une longue traversée du désert (« Pretty Woman »). « Je connais ma place, je fais très bien ce que je sais faire, et je n’aurai jamais la prétention de m’aventurer sur des territoires qui ne sont pas les miens », affirme-t-il avec un panache dément.

Trois « Expendables », six « Rocky » et cinq « Rambo » plus tard, il n’a rien perdu de son invraisemblable popularité et de son charisme nucléaire, au point d’avoir été invité en grandes pompes par le dernier Festival de Cannes pour y présenter les premières images des nouvelles aventures de son légendaire vétéran du Vietnam. Alors… Superflu ? Inutile ? Non : indispensable.