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« Le contact entre l’être humain et le cheval a des vertus apaisantes et spirituelles » – Christian Duguay

Tempête

En salle le

21 décembre 2022

De

Christian Duguay

Avec

Mélanie Laurent, Pio Marmaï, Kacey Mottet-Klein

Genre

Comédie dramatique (1 H 49)

Distributeur

Pathé

Née dans le haras de ses parents, Zoé a grandi au milieu des chevaux et n’a qu’un rêve : devenir jockey ! Tempête, une pouliche qu’elle voit naître, va devenir son alter ego. Mais un soir d’orage, Tempête, affolée, renverse Zoé et vient briser son rêve.

Une petite décennie après le déjà magnifique « Jappeloup », le réalisateur Christian Duguay braque une nouvelle fois sa caméra sur le monde du hippisme. Un grand spectacle familial, aussi spectaculaire qu’émouvant, à découvrir tel un cadeau de Noël.

Comment avez-vous été amené à réaliser « Tempête » ?

Christian Duguay : Les producteurs Maxime Delauney et Romain Rousseau, qui avaient aimé « Jappeloup », ont contacté mon agent en pensant à moi pour l’adaptation du livre de Christophe Donner. Je dois avouer qu’au départ j’étais un peu réticent, parce que je me disais que c’était de nouveau un projet avec des chevaux et des enfants et que je n’aime pas avoir le sentiment qu’on me colle une étiquette. Mais le roman m’a plu, moins pour sa description de l’univers des courses hippiques que pour sa puissance émotionnelle.

Les rapports entre les personnages et les chevaux sont presque organiques…

Pour moi, le plus important, c’était de montrer que dans l’univers auquel s’attache le film, il y a un respect absolu pour l’animal : le cheval a été élevé dans un esprit de compétition et il aime courir. On voit que le contact entre l’être humain et le cheval peut être bénéfique et qu’il a des vertus apaisantes et spirituelles. Il communique avec nous, à sa manière, au-delà du langage verbal. Ce processus, dont Sébastien, interprété par Kacey Mottet Klein, est le vecteur, fait partie de la renaissance de Zoé, une fillette qui rêvait de devenir jockey avant que le sort en décide autrement, et de son chemin de résilience.

Vous abordez la différence à travers le personnage de Sébastien, dont on devine l’autisme, et celui de Zoé, privée de l’usage de ses jambes.

Ce sont des êtres un peu en marge de la société qui, malgré leur handicap, réussissent à tracer leur route grâce à leur résilience, à leur passion commune, au fait qu’il y a un cocon familial très fort dont on sent que jamais l’amour, la fidélité, le soutien ne seront remis en question. Je n’ai pas eu besoin d’expliquer la condition de Sébastien, qui souffre sans doute du syndrome d’Asperger ou d’une forme d’autisme léger. J’avais été très touché par « Hors normes », qui a été ma référence en la matière, et j’ai rencontré la comportementaliste qui avait collaboré au film d’Olivier Nakache et Éric Toledano pour que les attitudes de Sébastien soient les plus authentiques possible. Parfois, il se fige, et à d’autres moments, il est profondément heureux, pareil à vous et moi. Ce sont ces êtres qui nous montrent qu’un parcours de vie est frêle si l’on n’est pas structuré par une colonne vertébrale émotionnelle solide et bien ancrée.

La jument Tempête est aussi un personnage à part entière du film.

Oui, on lui a donné une personnalité : Tempête est fougueuse, avec du tempérament, et on la reconnaît de loin grâce à sa crinière délavée. C’était un travail titanesque pour trouver la bonne teinte de la crinière et, en réalité, on a créé des crinières délavées sur sept ou huit chevaux qui « interprètent » tous Tempête. On sent qu’il y a un lien très fort entre Zoé et le cheval, mais je ne voulais pas donner trop d’explications pour laisser l’émotion être le fil conducteur.

Comment avez-vous tourné les scènes de courses ?

Tout d’abord, rien n’aurait été possible sans la précieuse aide et contribution des gens du milieu du trot. À commencer par la légendaire famille Levesque, Pierre et sa fille Camille, notre conseillère Martine Cours, Pierre Vercruysse notre coach, qui nous ont permis de recruter les chevaux à travers toute la France, ainsi que l’ensemble des équipes de l’hippodrome de Vincennes et du domaine de Grosbois, sans compter tous les jockeys, lads et drivers. Bref, il s’agit de plus d’une centaine de personnes qui se sont impliquées pour nous aider. Pour ce qui est du tournage, c’était impossible de faire plusieurs prises : on ne pouvait utiliser ces chevaux que pour un temps limité. Au début de la course, quand le cheval s’échauffait, je tournais quelques plans de coupe, mais on ne pouvait pas demander aux chevaux de retourner plusieurs fois sur le circuit : ils participaient à une première course, puis se reposaient et, parfois, disputaient une deuxième course. Mon chef-opérateur était dans un camion-poursuite, on communiquait avec les cavaliers par des oreillettes, on leur disait à quel moment les caméras étaient prêtes, on faisait un tour de piste, on montait en puissance, et on savait qu’on pouvait le faire deux ou trois fois au maximum dans une journée de tournage. Car le respect de l’animal était notre priorité absolue. Il faut savoir que ces chevaux sont des athlètes qui peuvent subir un claquage ou être atteints d’épuisement. Il faut alors repartir à zéro et réinvestir son temps et son énergie dans un autre cheval. On voulait amener le spectateur à comprendre que ce processus fait partie de l’adrénaline et que les chevaux ont le désir de se surpasser : c’étaient ces enjeux subtils que je voulais mettre en avant dans les scènes de course.

La musique joue un rôle déterminant dans l’histoire…

Je voulais un son très spécifique et je suis allé chercher un formidable guitariste de jazz, Michel Cusson, qui a composé de nombreuse de musiques de films et qui a travaillé pour le spectacle équestre « Cavalia ». J’ai pensé à lui dès le départ parce j’aime la pureté sonore du caisson de la guitare qui donne une sonorité spécifique, avec des attaches émotives. Ensuite, on a travaillé le thème qui véhicule des saveurs d’une époque. Car il fallait que la musique se mette au service de la narration pour créer des rimes émotionnelles à travers la mélodie et la texture. Je ne voulais pas tomber dans le mélodrame et Michel m’a aidé à être pointilleux là-dessus. De manière générale, le son était aussi important que l’image : il fallait capter la vibration sur le sol de vingt chevaux qui s’élancent, leur effort musculaire et leur souffle, qui sont autant d’éléments majeurs de l’équation permettant de faire vivre une véritable expérience au spectateur.