The Climb

En salle le

25 mars 2020

De

M.-A. Covino

Avec

M.-A. Covino, K. Marvin, G. Ranlin

Genre

Comédie dramatique (1 h 34)

Distributeur

Xenix

Kyle et Mike sont deux hommes aux tempéraments très différents, mais dont l’amitié a toujours résisté aux épreuves de la vie. Jusqu’au jour où Mike couche avec la fiancée de Kyle…

Amicalement vôtre

Copains dans la vie, Michael Angelo Covino et Kyle Marvin ont réussi avec « The Climb » une formidable comédie sur l’amitié.

© Topic Studios

Quel est le sens du titre de votre film ?

Michael Angelo Covino : Au début, les deux héros gravissent une colline en vélo mais, bien entendu, c’est aussi métaphorique. C’est comme la vie : la vie nous malmène de différentes manières, et puis on panse ses plaies, on cicatrise et on va de l’avant, on a toujours l’impression de faire l’ascension d’une colline. Dans toutes les interviews des meilleurs cyclistes du monde que j’ai pu lire, ils soulignent à quel point le vélo fait souffrir : ce qui est en jeu, c’est leur volonté de supporter la souffrance pendant de longues heures, et les meilleurs cyclistes sont ceux qui vivent avec cette souffrance et qui y prennent plaisir. C’est ce qui nous a parlé, parce que quand on dévore la vie avec passion, c’est ce qu’on ressent aussi : on est prêt à souffrir et à supporter la souffrance et, quelque part, à y trouver du plaisir.

Kyle Marvin : Je pense que plus on a une vie difficile, plus on doit être prêt à accepter de souffrir. Dans le film, chaque personnage grimpe une colline : il ne s’agit pas d’un périple en particulier, ou même de notre périple en tant qu’amis ou que cinéaste et scénariste. Nous faisons tous l’ascension de notre propre colline.

Justement, vous êtes aussi amis dans la vraie vie. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

M.A.C : On s’est rencontré il y a dix ans à New York en tournant des spots publicitaires. J’avais fait des études de cinéma à l’université et je voulais faire des films, mais je voulais aussi gagner ma vie ! Du coup, on a fini par tourner pas mal de pubs. L’aspect positif de cette expérience, c’est qu’on a pu apprendre les ficelles du métier tout en se faisant payer.

À quel moment êtes-vous passés au cinéma ?

M.A.C : Comme on tournait beaucoup, on s’était constitué un formidable réseau d’amis, de réalisateurs et de techniciens avec qui on travaillait. J’ai écrit un long métrage avec un copain à nous et on a décidé de tourner une bande-annonce. Grâce à cette bande-annonce, on a réuni des financements et tourné notre premier long métrage, « Keep in Touch ». Ensuite, on a eu la chance de pouvoir travailler avec le même financeur sur plusieurs autres projets. Avec Kyle, on assurait toujours la production parce qu’on était entouré de réalisateurs talentueux avec qui on souhaitait travailler. Et notre court métrage « The Climb » a été l’occasion de mettre en œuvre une de nos idées, de A à Z.

Comment est né ce court métrage ?

M.A.C. : Il est d’abord né du fait que j’aie totalement confiance dans les qualités d’acteur de Kyle et que je voulais trouver un projet qui s’appuie dans une large mesure sur le jeu d’un comédien. Le défi consistait à savoir si on pouvait réaliser un court métrage captivant et drôle en ne filmant que nous deux en train de parler. Nous sommes allés dans beaucoup de festivals, et les courts métrages qui me plaisent le plus sont ceux qui reposent sur une idée et qui sont très bien mis en scène : ils sont concis, simples et ne dépassent jamais dix minutes.

Comment avez-vous eu l’idée de faire intervenir la balade à vélo ?

M.A.C. : Je pratique le cyclisme depuis cinq ou six ans et je fais pas mal de balades. Quand on fait du vélo, on a le temps de réfléchir. Je me suis aussi retrouvé confronté à un de mes plus proches amis qui avait couché avec mon ex-petite copine – et j’ai repensé à ça au cours d’une promenade.

K.M. : Avant de tourner le court métrage, je n’avais pas refait de vélo depuis l’adolescence. En nous attelant au développement du long, on s’est remis à pratiquer le vélo sérieusement, et on profitait de ces moments-là pour faire une pause dans notre travail d’écriture et évoquer quelques idées entre nous.

Qu’est-ce qui vous a décidés à transformer ce court métrage en long ?

M.A.C. : Après que notre court métrage a été sélectionné à Sundance, tout a changé. On savait que si on mettait en place une solide préparation, on pouvait transformer le court en un film de plus grande ampleur.

K.M. : Nous avons sans doute imaginé une dizaine d’intrigues à partir du court, mais quand nous avons fini par retenir celle-ci, on était certain qu’il s’agissait d’un film qu’on n’avait pas déjà vu – au moins dans un contexte contemporain.

Dans quelle mesure le film s’inspire-t-il de votre amitié ?

M.A.C. : Il s’en inspire beaucoup ! C’est un élément qu’on pensait pouvoir transposer facilement dans le film : c’était, nous semblait-il, l’enjeu émotionnel majeur qui permettait au spectateur de s’attacher aux personnages et, dans le même temps, de les voir commettre des actes peu reluisants.

Quelles ont été vos options de mise en scène ?

M.A.C. : On voulait une mise en scène assez théâtrale et une esthétique stylisée, tout en privilégiant des émotions et des personnages authentiques. En préparation, on parlait essentiellement de mise en scène : il fallait que chaque séquence soit justifiée, que chaque mouvement d’appareil, chaque angle de prise de vue, le soit aussi, puis on en a parlé avec notre chef-opérateur. On souhaitait que le film soit très chorégraphié, du début à la fin, en réglant minutieusement chaque mouvement de caméra et en suscitant des émotions palpables.

Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre l’humour et la gravité ?

M.A.C. : C’était l’une des plus grandes difficultés du film. Les films qu’on préférait quand on était adolescent étaient les comédies émouvantes, aux accents de vérité, dont les personnages étaient attachants. Cela rejoint une discussion que nous avons souvent tous les deux où on évoque ce qui, à nos yeux, n’existe plus – ou presque – dans le cinéma américain contemporain.

Pourquoi ces comédies ont-elles disparu ?

K.M. : Je crois que c’est l’authenticité qui a disparu, pas l’outrance ou l’énormité des gags. Pour nous, l’humour provient de la vérité des personnages. On a essayé de garder cela en tête pendant la réalisation du film.

M.A.C. : Pendant le tournage, on ne cessait de se demander si on n’allait pas trop loin. Étions-nous fidèles à l’esprit des personnages ? Car, au fond, on était parti pour faire un drame, mais on voulait aussi que l’humour affleure pendant les moments d’émotion. On souhaitait avoir des plages burlesques pour installer une certaine atmosphère. Dès qu’on commence à s’attacher aux personnages, on s’arrange pour avoir une scène de dispute ou on désamorce la tension en faisant dire un truc drôle.

Comment pourriez-vous définir votre humour ?

K.M. : On cherche surtout à provoquer une sensation particulière et à faire naître l’humour dans des situations inattendues. Il y a beaucoup de choses qui nous inspirent en matière de comédie, et notre humour se manifeste sous plusieurs formes différentes.

Votre film est aussi un questionnement sur la masculinité…

K.M. : Oui, et nous en étions très conscients.

MC : Ces mecs sont brisés et vulnérables, mais ils ont beaucoup d’affection l’un pour l’autre. Ils s’adorent, ils ne peuvent pas vivre éloignés l’un de l’autre – comme les membres d’une famille ou un couple d’amoureux. L’amitié, c’est aussi fort que ça.