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« JE ME SUIS INSPIRÉ DE PULP FICTION” ET DE JOHN WOOPARCE QU’ILS ONT RÉVOLUTIONNÉ LE CINÉMA. » – GUY RITCHIE

The Gentlemen

En salle le

5 février 2020

De

G. Ritchie

Avec

M. Mcconaughey, C. Hunnam, M. Dockery

Genre

Thriller (1 h 53)

Distributeur

Ascot-Elite

Un baron de la drogue britannique décide de vendre son empire à des millionnaires américains. Mais le deal sera loin d’être aussi facile à conclure que ça.

Un électrisant polar choral où le réalisateur du remake d’« Aladdin » s’en donne à cœur joie.

Au début des années 2000, le monde entier connaissait Guy Ritchie. Non que le monde entier ait vu les deux seuls films qu’il avait tournés à l’époque, mais le monde entier savait qu’il avait épousé Madonna et qu’il venait de lui faire un enfant. « Ça possède au moins un avantage », ironisait-il alors. « Des millions de gens iront voir mon prochain film uniquement parce qu’il aura été réalisé par Monsieur Madonna ! » Il a vu juste, à quelques petites nuances près.

COUP DE MAÎTRE

En 1998, son coup d’essai a recueilli ce qu’on appelle un « succès d’estime ». Comparé pour le pire comme le meilleur à du Tarantino british (dialogues décalés, narration tordue, chronologie démantibulée, carnages rigolos), « Arnaques, crimes et botanique » n’en a pas moins révélé un tempérament de metteur en scène inhabituel en Europe, entre pompage en règle des délires « tarantinesques » et clin d’œil à l’ultraviolence virtuose et surdécoupée des polars made in Hong Kong. Aujourd’hui quinquagénaire, coursier devenu réalisateur de clips et de pubs, il revendique encore la filiation. « “Pulp Fiction” et John Woo ont révolutionné le cinéma, dit-il. Et s’il est vrai que je m’en suis inspiré, c’était surtout pour me faire la main, pour purger un trop-plein d’envie, un peu comme une première masturbation : on fait d’abord ça pour se soulager à vitesse grand V, et puis on trouve progressivement son style, on élabore ses propres fantasmes. » Diable de métaphore ! Laborieusement produit pour la somme dérisoire d’un million de livres, le film en rapportera quinze fois plus sur le seul territoire anglais. « Je crois que les gens avaient besoin d’autre chose que des comédies à la “4 mariages et 1 enterrement”, des drames sociaux à la Ken Loach et des conversations de salon. »

GRAND HUIT

« Le petit gangstérisme est un phénomène très répandu chez nous, et il était temps d’en faire un vrai sujet de cinéma, avec tout ce que ça suppose de folklore, de violence et de réalisme verbal. » Sacrée revanche pour cet ancien dyslexique, mauvais élève et arpenteur désœuvré du continent africain. Le scénario de « Snatch », écrit alors que son premier film n’était pas encore sorti, est né d’une conversation entendue par hasard dans un pub : « Les mecs parlaient d’un type qui avait acheté une Land Rover à des gitans, et dont le moteur s’était retrouvé sur le bitume au bout de deux cents mètres. » Un peu de boxe pour lier la sauce, des acteurs aux tronches pas possibles pour assurer le dépaysement (« On voulait des New-Yorkais, des Cockneys, des Juifs, des Noirs, des Gitans… Et pour jouer des gangsters, mieux vaut ne pas engager des comédiens shakespeariens ! »), et voilà Guy Ritchie parti en 2000 pour un nouveau tour de Grand Huit avec en prime une star : Brad Pitt. « Il avait adoré “Arnaques, crimes et botanique”, et il a accepté de réduire son salaire de 90 % pour s’aligner sur notre budget », raconte-t-il. « Comme il avait un emploi du temps très serré, il n’était pas question de perdre deux mois à lui apprendre l’accent du sud de Londres : alors on en a fait un Manouche que personne ou presque ne comprend. »

À GRANDE ÉCHELLE

Le temps de bâcler en 2002 « À la dérive », un des pires films de la décennie entièrement conçu pour sa diva d’épouse (le couple divorcera six ans plus tard au terme d’une transaction qui rapportera plusieurs dizaines de millions de dollars à Monsieur Madonna), Guy Ritchie dégoupille coup sur coup deux autres thrillers survitaminés, « Revolver » et « Rock’n rolla », avant de passer sans prévenir à la vitesse supérieure. Car à partir de son « Sherlock Holmes » revisité en 2009 avec Robert Downey Jr dans le rôle-titre, sa virevoltante signature se met à affoler le box-office et à attirer les spectateurs par millions : une suite en 2013, « Des Agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E », « Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur », la récente version live d’« Aladdin » boostée par le numéro de Will Smith en génie… Il est peu à peu devenu une star du divertissement populaire à très grande échelle.

RETOUR AUX SOURCES

Avec « The Gentlemen », il revient aujourd’hui aux sources de ses premiers films : soit un polar choral et très masculin dominé par le tandem Matthew McConaughey/Charlie Hunnam, où le chef anglais d’un gang de voyous tente de revendre son petit empire à un baron du crime américain. « Après toutes les grosses machines que j’ai enchaînées ces dix dernières années, j’avais besoin de me replonger dans un projet à échelle humaine, confie Guy Ritchie. Un peu comme une cure de jouvence. » Déjà aux commandes de son prochain film « Cash Truck », remake du thriller français « Le Convoyeur » où Jason Statham et le revenant Josh Hartnett reprendront les personnages jadis tenus par Albert Dupontel et Jean Dujardin dans l’excellent original de Nicolas Boukhrief, il reste un de ces cinéastes sans prétention particulière mais dont la griffe fait à chaque fois les délices du public. « Et qu’on ne me parle plus jamais de Tarantino, sinon je retourne à mes clips ! »