The King’s Man – Première Mission

En salle le

16 septembre 2020

De

Matthew Vaughn

Avec

Ralph Fiennes, Gemma Arterton, Harris Dickinson

Genre

Espionnage (2 h 00)

Lorsque les pires tyrans et génies criminels de l’Histoire se réunissent pour planifier l’élimination de millions d’innocents, un homme se lance dans une course contre la montre pour contrecarrer leurs plans. Les origines de la toute première agence de renseignement indépendante.

Les espions qu’on aimait

Producteur futé, Matthew est surtout le réalisateur inspiré de « Kick-Ass » et de la saga « Kingsman », à laquelle il apporte aujourd’hui une fracassante conclusion… Provisoire ?

« La chance a été un facteur déterminant dans ma carrière. Si la plupart des gens ont des opportunités, seuls quelques élus les reconnaissent et arrivent à les saisir”. Ainsi parle Matthew Vaughn, bientôt 50 ans, monsieur Claudia Schiffer à la ville et, collatéralement, réalisateur de divertissements de calibre majuscule sur l’échelle de l’originalité et producteur au fair surpuissant.

IL EST LIBRE, MATT

Né Matthew De Vere Drummond en Californie, il est le fruit d’amours illégitimes d’un neveu du roi George VI. Élevé entre les États-Unis et l’Angleterre, il s’intéresse un temps à l’anthropologie à l’université de Londres, puis bifurque très rapidement vers le cinéma. Un retour dans sa ville natale lui fait vite comprendre que ses chances de réussite en Amérique sont minces : “La notion de liberté artistique n’y existe tout simplement pas”, affirme-t-il. C’est donc en Angleterre qu’il produira à 25 ans son premier film, « Témoin innocent », salué par un modeste succès d’estime. Mais il lui suffira de recoiffer sa casquette de producteur sur les deux premiers projets d’un certain Guy Ritchie pour décrocher un double jackpot instantanément culte : « Arnaques, crimes et botanique », puis « Snatch ». Hélas, les deux hommes se brouilleront après l’incroyable bide de « À la dérive, » mélo aux allures de série Z réalisé pour les beaux yeux de Madonna, alors épouse de Ritchie.

L’ART DE PRENDRE SON PIED

C’est avec « Layer Cake », polar sévèrement burné et plutôt bien troussé, dont la qualité première est de mettre en valeur la belliqueuse virilité du futur James Bond Daniel Craig, que Matthew Vaughn se mettra personnellement en orbite en 2005 : “C’est pour lui que j’ai décliné « X-Men : L’Affrontement final » qu’on m’avait offert sur un plateau”, dit-il. Il aura en revanche tout le temps d’accepter la proposition de la Paramount de réaliser « Stardust », space opéra dont la somptuosité narrative et visuelle laissera inexplicablement le public (et une bonne partie de la presse) de glace, avant de se voir réhabilité au rang de bijou culte au fil du temps. Mais trois ans plus tard, la bombe « Kick-Ass » le remet en selle : “Faire ce film a été pour moi le plus beau pied de ma vie”, se souvient-il. “C’est comme si je buvais un Château Latour 1988 avec du foie gras et du fromage. Un pur délice et un grand amusement”. Malgré les controverses, de l’apologie de la justice individuelle au langage monstrueu-sement grossier de la co-héroïne campée par la petite Chloë Moretz (12 ans à peine à l’époque du tournage), l’insolence et l’originalité du résultat ont logiquement réveillé l’intérêt des Studios hollywoodiens que « Stardust » avait sérieusement refroidi. La preuve : ils sont parvenus à le convaincre de diriger… « X-Men : First Class », nouveau spin-off de la franchise sur la jeunesse des super-héros.

DE LA BOMBE !

Côté production, son agenda est tout aussi rempli : il a financé « L’Affaire Rachel Singer », « Kick-Ass 2 », « X-Men : Days of Future Past », « Les Quatre Fantastiques » (aïe !), « Rocketman »… “Si vous donnez au public ce à quoi il s’attend, il va vite s’ennuyer”, estime-t-il. Voilà pourquoi il a pris le risque en 2015 de produire et de mettre en scène « Kingsman – Services secrets », une histoire d’espionnage moyennement excitante sur le papier mais qui, grâce à un scénario, à des acteurs (Taron Egerton, Colin Firth, Samel l. Jackson) et à des séquences d’actions où le comble du cool rejoint le comble de la violence chorégraphiée, fera l’effet d’une petite bombe artistico-commerciale, au point d’entraîner une suite tout aussi jouissive, « Le Cercle d’Or » et, aujourd’hui, un troisième volet aux allures de colossal flash-back qui revient aux sources de cette folle aventure. Située durant la Première Guerre mondiale, l’intrigue entend établir un pont on ne peut plus explicite avec notre époque : « Hier comme aujourd’hui, il faut être très prudent quand on choisit le leader de son pays », ironise Matthew Vaughn sans avoir besoin de citer nommément Donald Trump pour qu’on devine aussitôt à qui il pense.