The Personal History of David Copperfield

En salle le

9 septembre 2020

De

Armando Iannucci

Avec

Dev Patel, Hugh Laurie, Tilda Swinton

Genre

Comédie dramatique (1 h 59)

Le parcours de David Copperfield, d’une enfance pauvre jusqu’au statut d’auteur à succès, grâce à la persévérance et malgré un manque de discipline personnelle.

Dans la cour des grands

La révélation de « Slumdog Millionaire » Dev Patel retrouve enfin dans « The Personal History of David Copperfield » le rôle en tête d’affiche qu’il méritait.

Le monde entier a découvert son énergie, sa voix, son débit mitraillette, son talent et son exotisme dans « Slumdog Millionaire », le « film bonheur » multi oscarisé de Danny Boyle. « Qui est ce jeune Indien prodige ? », se demanda alors la planète cinéma. Prodige, assurément. Pour le reste…

DU TATATMI AU CINÉMA

Car s’il est bien né de parents indiens, c’est à Londres que Dev Patel a vu le jour le 23 avril 1990. « Je voulais consacrer ma vie aux arts martiaux », dit-il. Avant que l’aiguillon de la comédie ne le pique à l’adolescence, il entame ainsi dès 10 ans un entraînement au taekwondo qui, de ceinture rouge en noire et de compétitions internationales en trophées, lui vaudra de décrocher la médaille de bronze au Championnats du monde Junior 2004 à Dublin. « Il me fallait bien ça pour canaliser mon instabilité chronique », précise-t-il. « À l’école, j’étais un élève, disons, agité. » C’est alors que, sans le prévenir, sa mère le traîna début 2006 à une mystérieuse audition qui demandait « des jeunes sans expérience ». « J’avais un examen de biologie très important le lendemain, mais elle n’a rien voulu entendre ». Convoqué dès le lendemain pour un second essai, il se retrouva le jour suivant au casting d’une série qui allait faire couler beaucoup d’encre, et son destin bifurqua presque à son corps défendant.

 

SUCCÈS DE SCANDALE

« De toute la bande, j’étais le plus jeune », se souvient-il. « Le premier jour du tournage, je ne savais absolument pas quoi faire ni comment me comporter. Mais comme le créateur du show.  » Mais ses doutes seront rapidement balayés par l’impact artistique, populaire et sociologique de « Skins », dont les sept Saisons seront diffusées non-stop du 25 janvier 2007 au 5 août 2013 sur la chaîne indépendante E4. Jamais en effet on n’avait vu sur le petit écran britannique de peinture aussi juste, dynamique et crue de la jeunesse locale, entre familles dysfonctionnelles, maladies mentales, harcèlement scolaire, toxicomanie intensive, mort et autres tabous allègrement piétinés. « Quant à mon rôle d’Anwar, c’était la première fois qu’un personnage d’origine indienne ne se contentait pas de manger du poulet tandoori, de débiter des aphorismes New Age ou de prêcher l’harmonie entre les hommes. »

LA ROUE DE LA FORTUNE

À cette époque, il ne manquait à Danny Boyle qu’un seul ingrédient, mais de taille, pour entamer le tournage de son nouveau film : son acteur principal. « J’avais auditionné des centaines de comédiens, en Inde comme en Angleterre, et j’étais sur le point de jeter l’éponge quand m’a fille de 17 ans m’a suggéré de jeter un œil à « Skins » en m’assurant que ça valait la peine », raconte le cinéaste. « J’ai suivi son conseil, et dès que j’ai vu Dev à l’image, mon cœur a explosé de joie. Je ne cherchais pas quelqu’un qui ait  l’air d’un héros dès sa première apparition à l’image, mais qui puisse le devenir au fil des minutes. » Durant le tournage à Bombay, Dev Patel fit vraiment connaissance avec le pays de ses ancêtres : « Je n’avais vécu en Inde que pendant cinq mois, le temps d’un mariage dans ma famille. » Il en ressortira bouleversé : « J’ai renoué avec mes racines, et j’ai constaté que même au cœur de la misère, il existait un sens de la communauté incroyable. » Ce fut aussi pour lui l’occasion de rencontrer Anil Kapoor, une des superstars de Bollywood, dans le rôle de l’animateur du jeu « Qui veut gagner des millions ? » : « Chaque fois que j’allais chez ma grand-mère, on regardait des comédies musicales ou des mélodrames indiens, et il jouait quasiment dans un film sur deux ! »

Épicentre émotionnel de « Slumdog Millionaire », Dev Patel a mis du temps avant de retrouver des emplois à sa mesure. Égaré dans le grotesque « Dernier maître de l’air » de M. Night Shyamalan, totalement craquant parmi les seniors du charmeur mais inoffensif diptyque « Indian Palace », impressionnant d’intensité dans la série d’Aaron Sorkin « The Newsroom » et il s’est bien amusé dans le récréatif « Chappie ». Si l’échec commercial de « L’Homme qui défiait l’infini » (où il incarnait un mathématicien de génie) aux côtés de Hugh Jackman a momentanément compromis son aptitude à porter tout un film sur ses épaules, son bouleversant second rôle dans « Lion » a très vite remis les pendules à l’heure : cité à l’Oscar pour l’occasion, il a prouvé que l’entrée dans la maturité lui allait comme un gant.

L’ÂGE D’HOMME

« Le gamin de « Slumdog Millionaire » est encore dans toutes les mémoires, mais il semble que le vent soit en train de tourner : on commence à me prendre enfin pour un adulte », constate-t-il. Mais, on le parie, ce n’est encore qu’un début. Après les inédits « Attaque à Mumbai » et « The Wedding Guest », il incarne aujourd’hui à 30 ans le héros-titre de « The Personal History of David Copperfield », luxueuse et divertissante adaptation de l’immortel roman de Charles Dickens où il brille en orphelin bien décidé à triompher de l’adversité. « J’avais étudié le livre à l’école, et j’en avais gardé un souvenir assez déprimant », avoue-t-il. »Du coup, quand on m’a proposé le film, je n’ai pas franchement sauté au plafond. Mais quand le réalisateur Armando Iannucci m’a parlé de sa vision du personnage, du scénario et de la mise en scène, je me suis retrouvé captivé et excité comme jamais. » Épatant de charisme et d’énergie, il ajoute : « Et puis j’étais aussi très fier qu’il ait pensé à moi pour le rôle principal. » Gageons que ce ne sera pas le dernier.

 

L’INFO EN+

Entre le cinéma et la télévision, le roman de Charles Dickens « David Copperfield » a connu plus d’une centaine d’adaptations. La première répertoriée remonte à… 1911.